Le Clan de mercenaires de Nedora-Riem (DOFUS - Pandore)
 
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 Aveuglement et illumination

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   Elva   

Elva
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MessageSujet: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptyJeu 8 Juil 2010 - 4:47

Aveuglement et illumination

Comme dans toutes les légendes, il y a, à l’aube d’une guerre, de sombres nuages qui recouvrent toute la contrée, et on peut entendre au loin les pattes des dragodindes ainsi que la marche des soldats marteler le sol en accompagnant le tonnerre. Puis, la pluie commence à tomber sur le village en proie à une attaque; les tofus, pious et autres petites bêtes courent en tous sens pour tenter de se cacher. La panique s’installe à mesure que le tonnerre approche. On se prépare à riposter, avec peu d’espoir d’y survivre.

Ça, c’est une histoire à vous faire dormir debout que les vieux s’amusent à raconter aux jeunes aventuriers. Mon Histoire est quelque peu différente…


I- Ma vie n’est pas une légende

Par une matinée ensoleillée, je m’amusais à donner quelques graines de sésame à des pious, se picorant entre eux pour avoir le moindre morceau. Trop jeune pour comprendre qu’ils avaient probablement un estomac sans fond, je leur en donnais généreusement pour qu’ils ne meurent pas de faim. Une fois les mains vides, je rentrai dans la modeste maison du Sud d’Astrub de mes parents. Ma mère préparait le repas, tandis que mon père, alchimiste, s’évertuait à concocter toutes sortes de potions.

C’était une matinée normale, jusqu’à ce qu’on entende un étrange sifflement, suivi d’une explosion, puis l’alarme signalant une invasion. Je sentis les bras protecteurs de ma mère me prendre à toute vitesse, sa voix inquiète appeler mon père. Nous montâmes tous trois à l’étage. Ma mère ouvrit un coffre et s’équipa de son meilleur bâton, priant Sadida pour avoir les meilleures ronces à disposition, et mon père prit son épée la plus tranchante, suppliant Iop de lui accorder la puissance nécessaire pour protéger sa famille. Moi, je les regardais de mes grands yeux ronds, ne comprenant pas ce que je voyais. Ma mère s’empressa de me cacher sous un lit, et me dit de n’en sortir que si je n’entendais plus aucun bruit. Elle m’embrassa le front et sortit de la maison, accompagnée de mon père.

Explosions, coups métalliques, hurlements de douleur, pleurs de femmes. C’est tout ce que j’entendais, de là où j’étais. Comme je n’étais pas particulièrement obéissante, et que j’étais déjà très curieuse, je rampai jusqu’à la fenêtre la plus proche pour y voir défiler devant moi un spectacle macabre. Je voyais des soldats arborant des ailes blanches se battre contre des soldats aux ailes rouges, à quelques mètres de ma petite fenêtre. Mes pauvres parents défendaient la maison du mieux qu’ils le pouvaient, mais sans trop de succès. C’est alors que je vis mon père tomber à genoux sous les coups d’un Brâkmarien, tourner un regard inquiet vers ma mère, rendre son dernier souffle et finalement s’écrouler sur le sol. Horrifiée, je me levai brusquement et descendis l’escalier pour aller porter secours à mon géniteur. Ce court laps de temps suffit au meurtrier pour abattre ma mère, car lorsque j’ouvris la porte extérieure, je vis sa dépouille allongée près de celle de mon père, le démon ayant pris la fuite. Je courus vers eux et fondis en larmes au même moment. La bataille faisait rage autour de moi, mais peu m’importait qu’un autre tueur ait raison de moi. Je venais de perdre tout ce que j’avais de plus cher. Ils gisaient là, devant moi, inertes, et j’étais impuissante. C’est alors que je sentis une main se poser doucement sur mon épaule. Je me figeai aussitôt, prise de panique. C’était la fin. D’une seconde à l’autre, une lame s’abattrait sur moi et mettrait ainsi fin à mes jours. Au moins, je n’aurais pas eu à supporter le deuil bien longtemps…
Au lieu de cela, je n’entendis qu’une voix attristée me murmurer :

-Désolé pour tes parents…

Je me tournai lentement vers l’étranger. Un disciple de Sadida au début de la trentaine se tenait accroupi, près de moi, sa main toujours accrochée à mon épaule. Il fixait mes défunts parents, l’air accablé. De quoi se mêlait-il ? Qui était-il pour se sentir concerné par la mort de personnes qu’il ne connaissait même pas ? Et pourquoi ne m’avait-il pas tuée, comme tant d’innocents qui meurent au fil des guerres ?

Je le dévisageai.

Nous demeurâmes ainsi, figés, silencieux. Au bout d’un moment, il fit le premier pas en me demandant :

-As-tu… as-tu d’autre famille ?

Je baissai le regard. Ma mère était enfant unique, et mon père avait perdu contact avec sa famille. Mes grands-parents étaient morts avant que je voie le jour.

Je fis signe que non, comprenant que cet étranger était mon dernier espoir.

Sans crier gare, il me prit dans ses bras et me regarda un instant, l’air pensif. Sortant de ses pensées, il me dit soudainement :

-Tu ne peux pas rester ici… Je t’emmène avec moi. Je vais voir ce que je peux faire pour toi.

Ce jour-là, j’abandonnai ma petite vie tranquille d’Astrub pour aller, en compagnie de mon sauveur, vers les murs de la Cité Blanche.

II- Entre les mains d’un étranger

Je me réveillai doucement, dans une vaste pièce qui m’était complètement inconnue. Une grande fenêtre laissait généreusement pénétrer la lumière jusque dans le lit dans lequel je me trouvais. Ce devait être l’après-midi. Je pris un instant pour me remémorer les évènements précédents et réaliser ce qui venait de m’arriver. Une bataille. Des morts. Mes parents disparus. Un étranger… Il me fallut beaucoup de temps pour tout assimiler, mais une fois mes idées rassemblées, je me levai et traversai la chambre pour descendre au rez-de-chaussée. Il était assis à table, sirotant un gobelet de thé. Il dût m’entendre, car, sans se retourner, il me demanda :

-Tu t’es bien reposée, petite ?

Je m’arrêtai net, trop timide pour prononcer le moindre mot. Qui était-il ? Et pourquoi m’avait-il emmenée avec lui ? L’homme n’attendit pas de réponse et me posa une nouvelle question :

-Comment t’appelles-tu?

-El… Elva, répondis-je, obligée de parler.

-Bien. Et moi je me nomme Night. Dis-moi, quel âge as-tu?

Sa voix, plutôt sèche et grave, m’intimidait au point où je ne savais presque plus quoi répondre lorsqu’il me posait une question. De plus que ma timidité habituelle, lorsque j’étais en présence d’un inconnu, n’aidait en rien à la situation.

-J’ai six ans, parvins-je à articuler.

-Je vois… Tu sais où nous sommes, au moins ?

-Pas à Astrub, en tout cas…

-Malheureusement pour toi, non, nous ne sommes plus à Astrub. Tu es ici chez moi, à Bonta.

Long moment de silence. Night semblait réfléchir. Il prit le temps de bien choisir ses mots avant de me dire lentement, presque avec hésitation :

-J’ai parlé de ta situation à quelques uns de mes collègues, pendant que tu dormais. Il leur semblait évident que deux options s’offraient à moi. La première : je t’abandonne à ton sort, chose que je considère drastique et immorale… La seconde : je te prends en charge. Cependant, je ne suis pas sûr que cela me convienne tout à fait… Je m’y connais mal avec les enfants.

Ça, je l’avais bien constaté. Il me parlait comme si j’étais adulte, ne prenant pas en considération mon jeune âge. Je le regardai, incrédule. Il cessa alors son monologue, se tourna vers moi et me fixa longuement. Il brisa enfin le silence pour rendre son verdict :

-Bah ! Tu ne m’as pas l’air bien méchante. Je vais m’occuper de toi. Mais que je sois clair : ce n’est pas à moi de m’adapter à toi, mais bien à toi de t’adapter à mon mode de vie. Est-ce ce que tu veux, au moins ?

Je fis signe que oui, soulagée mais à la fois bouleversée. Je déposais ma vie entre les mains d’un homme que je ne connaissais pas, mais avais-je le choix ? Avais-je raison de lui faire confiance à ce point au premier abord ? Je réalisai tout de même qu’il venait de me sauver la vie, et qu’il me proposait d’assurer ma survie pour les quelques années à venir. Déjà, je lui en étais reconnaissante.

-Merci, Night, dis-je timidement.

Qu’avais-je à perdre en lui accordant ma confiance ? Je constaterais bien assez tôt ses intentions en lui laissant une chance.

Il dut comprendre que ces simples mots voulaient tout dire, car je le vis me sourire pour la première fois.

III- Nouveau départ

Night n’avait pas tort lorsqu’il a dit que ce serait à moi de m’adapter au rythme de sa vie. Les premières semaines en sa compagnie ne furent pas sans surprises, mais une fois que j’appris à le connaître, les choses se montrèrent plus douces pour moi. La vue d’une arme m’inquiétait, surtout depuis mon dernier jour à Astrub, et comme nous vivions près de la milice, je voyais des dizaines de soldats passer devant mon nouveau chez-moi tous les jours, ce qui ne me rassurait en rien. Je n’eus guère le choix que de passer outre cette phobie, étant donné que Night vivait de l’argent que lui rapportaient guerres et batailles, et qu’il avait décidé que je suivrais ses traces, n’ayant aucun autre métier à m’apprendre. En dépit de son attitude parfois fermée, il nous fallut peu de temps avant de bien nous entendre. Je commençais même à bien l’apprécier, malgré le fait qu’il ne remplacerait jamais mes vrais parents, auxquels je pensais régulièrement. Certes, ils me manquaient terriblement, mais j’essayais de dissimuler ma tristesse du mieux que je le pouvais pour ne pas faire regretter à Night son hospitalité à mon égard.

***

Un soir, à l’heure du repas, il aborda un sujet dont nous n’avions jamais discuté.

-Tu sais… Ça doit bien faire six mois que tu vis sous mon toit, et je ne regrette pas le moins du monde de t’avoir prise en charge. Mais il y a quelque chose que j’aimerais savoir… Es-tu heureuse, ici, avec moi ?

-Hum oui, bien sûr, pourquoi ?

-Eh bien… Si tu es d’accord, évidemment, j’aimerais faire une demande d’adoption pour que tu deviennes ma fille. Nous pourrions également commencer ton entraînement, mais dis-toi que c’est seulement si tu le veux…

Cette hésitation ne lui ressemblait pas, d’autant plus qu’il me laissait un choix. De façon générale, je devais suivre ses décisions. C’était probablement dû au fait qu’il désirait véritablement m’adopter, et que cette fois-ci il me laissait avoir le dernier mot. Cette perspective me réjouissait, et j’acceptai sa demande sans hésiter. J’avais toutefois quelques remords à l’égard de mes défunts parents. Était-ce une sorte de trahison envers eux ? Je me consolai en me disant qu’il était préférable d’avoir un père adoptif plutôt que de ne plus avoir de parents du tout…

Nous n’attendîmes pas plus longtemps que le lendemain de mon adoption officielle pour nous rendre au Temple de Sadida, afin que je lui prête allégeance. C’est ainsi que la capacité à maîtriser plantes et poupées me fut donnée, tout comme l’avait déjà Night, mon mentor. Nous commençâmes alors un entraînement rigoureux, très discipliné. J’encaissais sans broncher les reproches que me faisait mon père au sujet de ma technique, tout à fait déplorable à mes débuts. Il m’arrivait parfois de vouloir abandonner, mais je me disais qu’en persévérant, mes efforts aboutiraient bien quelque part. Je voulais également lui prouver que j’étais digne de prendre la relève lorsqu’il ne serait plus là pour me transmettre son savoir. Je m’étais fixé un nouvel objectif : devenir une puissante aventurière. Je m’en savais capable, même si ce ne serait pas facile.

Nous nous entraînions à tous les jours, pendant plusieurs heures consécutives. J’apprenais à mon rythme, et c’était suffisant, à en croire les dires de Night. Une fois libre, je m’amusais à explorer les quartiers de Bonta. Je découvris un jour la bibliothèque, dans laquelle un groupe d’érudits révisait quelques écrits. Curieuse de savoir ce qu’ils faisaient, je m’approchai d’eux. Je penchai le nez au-dessus d’un parchemin, chose peu subtile, et un érudit m’ayant remarquée me prit par le bras et me demanda, d’un air outragé :

-Mais que fais-tu là, jeune effrontée ?

Prise par surprise, je m’éloignai brusquement de l’homme sans dire un mot.

Je demeurai en retrait et les observai encore quelques minutes, intriguée, et retournai chez moi. Ils avaient quelque chose d’attrayant, qui avait piqué ma curiosité. Je voulais à tout prix savoir ce qu’étaient ces signes bizarres dessinés sur les parchemins. Ils se suivaient dans un ordre qui me semblait logique, et je voulais apprendre à les déchiffrer. Peut-être qu’en insistant pourrais-je en apprendre un peu plus sur eux…

Le lendemain, après l’entraînement, je retournai à cette bibliothèque, espérant revoir les érudits. Ils y étaient tous, révisant encore des parchemins. Je m’approchai à nouveau. Peut-être cette foi-ci arriverais-je à mieux voir ces symboles si curieux. Je me fis repousser une nouvelle fois, mais j’eus au moins le cran de leur demander ce qu’ils faisaient. On me répondit de façon peu chaleureuse :

-Nous essayons de travailler, alors ouste !

Je demeurai encore à l’écart à les observer étudier leurs écrits, puis retournai chez moi. J’avais l’intention de revenir. Il ne me fallut que quelques jours pour que l’un d’entre eux finisse par me demander ce qui me poussait à revenir les regarder, en silence, pendant tant de temps. Je lui répondis que je voulais savoir comment il faisait pour déchiffrer ces symboles si étranges à mes yeux. Il me demanda si je savais lire et écrire. Je lui fis signe que non.

-C... comment ? Tu ne sais donc pas… lire et écrire ?

Il dut ne pas remarquer que j’étais alors seulement âgée de sept ans…

Il prit un moment pour consulter ses collègues et finit par me dire :

-Et dis-moi… Comment comptes-tu apprendre ces deux disciplines ?

Je lui adressai un sourire timide, puis lui répondis :

-Vous voulez bien m’apprendre…?

L’homme sembla réfléchir un instant puis soupira.

-Bon, d’accord… Si je ne le fais pas, qui le fera de toute façon, hmm? Reviens me voir demain, nous commencerons ton instruction. Au fait, tu peux m’appeler Leffandrel.

Pendant six années, après chaque entraînement, j’allais voir Leffandrel afin d’en apprendre un peu plus chaque jour. C’est grâce à lui que je sais tout ce que j’ai appris sur l’Amaknéen et ai un langage de bon niveau. J’appris à équilibrer entraînement et étude afin de combiner puissance et connaissances. Avec le temps, je commençais à me faire ma place au sein de la communauté bontarienne. J’étais devenue la fierté de Night, n’ayant toujours pas regretté mon adoption, ainsi que l’élève appliquée de Leffandrel. À mes treize ans, je joignis les rangs des défenseurs de la Cité Blanche.

IV- Impardonnable

Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour gagner la confiance d’Amayiro, qui me hissa vite au statut d’espionne. Selon lui, j’étais douée pour ce genre de chose. Il me confiait de nombreuses missions d’infiltration, que j’accomplissais avec succès, et j’obtenais comme récompenses des bourses de kamas pendant que mon prestige social augmentait au rythme de chacune de ces missions. Que demander de mieux, dirait-on ? Certes, j’étais heureuse en compagnie de Night, mais le fait qu’on associait mon nom au sien ne me distinguait pas de lui. Je voulais absolument me démarquer et lui prouver que je pouvais me montrer plus forte que lui, ainsi on m’accorderait encore plus d’importance. Je commençais à prendre goût au pouvoir.

Pendant les trois années qui suivirent, je travaillai à forger ma réputation au rythme des guerres et des missions qu’on m’attribuait. J’avais gagné en puissance, m’entraînant sans relâche et m’évertuant à l’écriture de l’Amaknéen. J’étais toujours aussi déterminée à dépasser Night, à montrer qui j’étais vraiment.

Je me réveillai un matin en sursaut en entendant l’alerte prévenant une invasion ennemie. Il fallait se préparer à riposter. Je m’équipai en vitesse, pris le temps d’accorder une prière à Sadida et sortis de la maison, accompagnée de mon père. Nous nous rendîmes à la milice pour y recevoir les ordres. Night et moi nous dirigeâmes en deuxième ligne, ronces à l’affût. L’atmosphère s’alourdit soudainement; nous pouvions sentir l’aura maléfique de l’armée brâkmarienne se rapprocher.

La première vague frappa. J’eus l’occasion d’éliminer quelques combattants, mais sans plus, compte tenu de ma position dans nos lignes. L’affrontement se fit de plus en plus violent, me donnant l’occasion de montrer mon potentiel. Je repérais facilement lesquels étaient dans un moment de faiblesse, et je frappais avec toute la puissance dont j’étais capable. Je vis alors un disciple de Sram en retrait, l’air peu attentif à son entourage. Là était ma chance de pouvoir me rapprocher et ainsi me battre au corps à corps. Je me ruai vers l’ennemi en question, avec pour seule intention de l’éliminer, baissant ma garde à mon tour. J’eus à peine le temps d’apercevoir une étincelle sournoise dans les ses yeux avant de me retrouver le visage contre le sol poussiéreux. Lorsque je relevai la tête pour comprendre ce qui venait de m’arriver, je vis Night, gisant à mes côtés, le corps maculé de son sang.

Un disciple de Feca accourut vers nous, nous protégeant de ses armures diverses et nous emmena hors de danger, avec les autres blessés de guerre. Je n’étais atteinte que de quelques écorchures, qu’un disciple d’Eniripsa s’empressa de guérir. En ce qui concernait Night, de nombreuses plaies profondes parcouraient son corps de la tête aux pieds, toutes plus atroces les unes que les autres.

Je n’y croyais pas. Me voyant courir vers mon ennemi, aveuglée par une certaine gloire future, il s’était jeté sur moi pour me sauver du piège mortel que ce tas d’os venait de poser, se sacrifiant pour moi. Il reposait désormais dans un état critique. Un rideau de larmes recouvrait mes joues. Je n’y croyais toujours pas. Pourquoi se sacrifier pour moi ? Pourquoi s’était-il mutilé pour me voir saine et sauve ?

-Elva…, murmura-t-il, le souffle court.

-Je suis là, répondis-je, la voix entrecoupée de sanglots.

D’une main tremblante, il retira un bout de papier de ses poches, et le mit cérémoniellement au creux de ma main.

-Vis.

Cette parole fut sa dernière, et c’est en accomplissant un acte de bravoure que Night s’éteignit pour moi.

V- En sa mémoire

Les funérailles se déroulèrent sans encombre. Je marchais à ses côtés, les joues humides, en direction du cimetière de Bonta. Seulement, un cercueil nous séparait… Night n’était plus. Quelques dizaines de ces autres boîtes de bois se suivaient, convergeant toutes vers le même endroit. La lourde atmosphère du sanctuaire n’améliorait en rien le deuil des personnes présentes pour rendre un dernier hommage à leurs morts. Une fois mon défunt père enterré, je lui rendis une dernière prière, silencieuse, puis retournai vers la ville. Je n’attendis même pas la fin de la cérémonie d’adieux.

Je rentrai dans la maison familiale, devenue atrocement silencieuse, puis regagnai ma chambre. J’aperçus, sur ma table de chevet, le bout de papier, plié en quatre, qu’il m’avait remis, deux jours plus tôt, juste avant de quitter ce monde. Mon nom était soigneusement écrit dessus. Je tendis le bras et le pris, me décidant enfin à lire le message qu’il renfermait :

La vérité se cache sous le sommeil de mon vivant.

Comprenant le message, je me levai, puis, lentement, m’approchai de sa chambre, lieu dans lequel je n’étais jamais entrée. J’ouvris la porte d’un geste hésitant, puis finis par y entrer pour la première fois, et regardai sous son lit.

Un petit livre à la couverture ébène y était caché, entre une latte de bois et son matelas. Je l’ouvris soigneusement, et entrepris la lecture.

Ma très chère Elva… Au moment où tu lis ces quelques mots, je ne suis probablement plus de ce monde. Cependant, j’aimerais que tu prêtes une attention particulière à ce que tu t’apprêtes à lire... J’ai remarqué que les temps avaient changé, à Bonta. C’est une ville magnifique, mais je tiens quand même à te mettre en garde : rien n’est entièrement noir ou entièrement blanc. Peu importe la cause, la source d’aveuglement et de corruption restera toujours la même. Pourvu que la lumière te guide hors de ce chemin sinueux qu’est la course au prestige.

Plusieurs mois passèrent, et je méditais sur les écrits ainsi que sur l’attitude que j’avais adoptée au cours des années précédentes. L’ambiance dominante de Bonta m’avait transformée en bête assoiffée de pouvoir. Ma seule motivation à l’entraînement était de surpasser mon mentor, pour ainsi gagner en importance, et mon père adoptif l’avait compris depuis longtemps. Il avait prédit ce qui m’arriverait et a ultimement tenté de m’en préserver en sacrifiant sa vie pour la mienne lors d’un combat durant lequel l’influence que le pouvoir avait sur moi m’avait aveuglée par des promesses de gloire.

Pourquoi m’avoir sauvée, alors que cette soif de pouvoir m’avait corrompue jusqu’aux os, tandis que sa sagesse l’en avait préservé ? Pendant ces mois de réflexion, j’en arrivai à la seule conclusion que le moyen qu’il avait trouvé pour me faire revenir dans le droit chemin était de me léguer cette sagesse par le sacrifice vital. Seulement, cette méthode n’était pas sans douleur pour moi, qui venait de perdre un être cher. Cela me permit en outre de constater que Bonta était régie par la même loi que Brâkmar : le pouvoir. Honteuse et par-dessus tout dégoûtée, je me demandais comment j’avais fait pour faire preuve d’autant d’ingratitude envers celui qui m’avait sortie du malheur. Le seul moyen de lui rendre hommage à travers l’au-delà était de tourner le dos à cette corruption, de m’en débarrasser définitivement.

Dès le lendemain de ma décision, j’allai déposer ma démission à Amayiro et désertai Bonta, qui pour moi n’était plus une Cité aussi Blanche qu’on le disait. Chevauchant ma dragodinde, je traversai les plaines de Cania et retournai vers mon village natal.

Comme la ville avait changé en seulement onze ans ! De nombreuses maisons s’étaient ajoutées, la cité avait pris de l’expansion; le marché était plus important, on commerçait dans toutes les rues. Traversant la ville du Nord vers le Sud, je me dirigeai vers la maisonnette ayant bercé mon enfance. Elle y était toujours, mais avait pris de l’âge. Je poussai la porte grinçante et entrai dans ce qui restait de la cuisine. La maison était méconnaissable. On avait dû la piller pendant qu’elle était déserte. Il ne restait plus aucun meuble : l’espace n’était constitué que du plancher, des murs et du plafond. Il en était de même pour l’étage.

La mine basse, je déambulai à pied dans une cité qui m’était désormais étrangère. Depuis sa mort, ma vie avait basculé. Je n’avais plus personne, plus aucune cause à laquelle m’accrocher. Les seules personnes ayant constitué ma famille étaient mortes en tentant de me sauver. Comment accepter cette réalité macabre ? Qu’est-ce qui était préférable ? Vivre seule dans le deuil et le remords, ou mourir pour ainsi rejoindre les défunts ?

Une maison en particulier m’arracha à mes pensées morbides. Elle était gigantesque, et, en plus de cela, ouverte à tous. Poussée par la curiosité, j’y entrai pour y découvrir tout un univers. Dès mon entrée dans l’établissement, un jeune disciple d’Eniripsa arborant des ailes de bois m’y accueillit. Un peu déboussolée, je lui demandai où je me trouvais. Il m’expliqua que nous étions dans la maison du Clan de Nedora-Riem. Remarquant mon incompréhension palpable, il m’expliqua que ce Clan était constitué de Mercenaires guidés par la neutralité, le respect et les kamas. Il me recommanda de me rendre au Temple des Nedoras pour en savoir plus, au cas où l’idée de joindre leurs rangs me passerait par la tête.

Je le remerciai de m’avoir éclairée à ce point et me dirigeai vers leur Temple pour y lire les parchemins concernés. M’identifiant à ces écrits, j’avais enfin trouvé une cause à laquelle m’accrocher et qui me permettrait de tourner définitivement le dos à la mauvaise influence que Bonta avait sur moi. Il fallait que je fasse partie de ce Clan, c’était devenu un but pour moi. Je me devais de faire honneur à la mémoire de Night, et lui montrer que je pouvais me montrer digne des espoirs qu’il avait fondés en moi.

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Dernière édition par Elva le Mer 8 Fév 2012 - 17:13, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptyJeu 8 Juil 2010 - 12:29

Et bah voilà, je suis content en plus c'est superbement bien écrit.
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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptyJeu 8 Juil 2010 - 12:36

Et superbe histoire !
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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptyJeu 8 Juil 2010 - 13:07

Elva que dire ?
(Je l'avais déjà vu sur notre forum donc...Smile
Superbe récit !
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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptyJeu 8 Juil 2010 - 13:44

Comment dire... Magnifique, j'aime!
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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptySam 10 Juil 2010 - 14:02

Superbe histoire !
Il y a une suite ? (:p)

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La vertu, comme le corbac, niche dans les ruines. La justice se rend dans la lumière et l'équilibre est établi dans l'ombre.

Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.


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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptyVen 24 Sep 2010 - 4:09

Avis aux intéressés :

Je viens de réécrire mon BackGround, parce que je trouvais la première version atroce... Alors voilà, pour ceux qui veulent la lire, voici la V2 ! Very Happy

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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptyDim 26 Sep 2010 - 2:13

Excellent, je dois dire que j'ai accrocher du premier mot jusqu'au dernier!

Continu comme sa!
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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptySam 5 Fév 2011 - 5:14

Punaise, je viens de la lire et elle est magnifique. pas une seul j'ai décroché pour faire autre chose.
Pleine d'émotions, c'est superbe.
Tu as l'intention de nous faire une petite suite ? (^^)
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MessageSujet: Re: Aveuglement et illumination   Aveuglement et illumination EmptySam 5 Fév 2011 - 5:56

Hihi merci !

Alors oui j'ai pensé à écrire la suite, mais bon pour commencer j'ai besoin d'inspiration et de temps... T'as pas idée combien de temps j'ai bossé sur mon BG pour arriver à ce résultat (^^") Et encore je vois des détails qui me dérangent... que j'ai pas encore corrigé...

M'enfin dès que je m'y mets je te fais signe (^^)

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